The last porn cinema in Spain – vpro Metropolis


Bonjour. Je suis Marcos. Ceci est
le dernier cinéma porno de Madrid. J’ai découvert que les gens ne venaient
pas ici pour les images à l’écran. Les visiteurs de ce cinéma
viennent ici pour Rafael. Je finis l’affiche de la semaine d’après :
“Ainsi chevauchent les cow-boys”. Il était interdit de montrer des gens
en train de faire l’amour. J’ai donc eu l’idée de créer
ces affiches attrayantes et drôles. “Petites orientales”
et “Collègue de travail”… sont des films américains
doublés en espagnol. Et ceci est votre œuvre ?
– Bien sûr, c’est artisanal. Ici, nous avons “Forage anal profond”
pour lundi prochain. Et “Femmes russes très chaudes”. C’est comme à Noël : je mets
des décorations de Noël et une phrase. “J’aime les hommes vieux,
quand ils sont en vie.” C’est ce que disent les Russes chaudes ?
– C’est moi qui ai inventé cette phrase. Mais elles ont leur propre signification. Bien sûr, tout a sa propre signification. Si je vous voyais dans la rue, je ne
croirais pas que vous êtes dans le porno. Je ne regarde pas le porno
et je ne travaille pas dans un sex-shop. Je travaille dans un cinéma,
et j’égaie la vie des gens. C’est à moitié un cinéma,
à moitié un club de rencontres. Nous avons de nombreuses conversations,
hormis les films. C’est un autre monde. Ce qui les excite, c’est l’interaction ?
– Ici, c’est différent du cinéma. On parle, on veille
à ce qu’ils se sentent les bienvenus. Je les traite de façon à ce qu’ils
se sentent comme dans leur propre salon. Beaucoup sont seuls, et leur seul
réconfort est de passer la soirée ici. Ici, nous avons quelques cartes de Noël,
des gens nous ont donné un sapin de Noël. Ce sont des cartes de clients ?
– Tout à fait. Et ici, nous avons une chouette poupée,
qui ressemble à Stevie Wonder. Avec son “cigare du bonheur”,
il est tout excité. Comment allez-vous ? Vous vous ennuyez ? Vous pouvez voir le film sur
le petit écran. Que se passe-t-il ici ? Tout peut arriver, dans l’imagination
et les fantasmes des gens. Mais les gens font-ils l’amour
dans le cinéma ? Ils regardent le film,
et certains se caressent. Mais non, je n’irais pas jusqu’à dire
qu’ils font l’amour. Êtes-vous embarrassé ?
– Non, j’ai tout vu. Vous m’avez dit qu’un jour,
un homme est mort d’excitation. Oui, malheureusement, il a eu des
problèmes cardiaques dus à l’émotion… Mais mieux vaut mourir confortablement
que d’être renversé par une voiture. J’ai commencé en 1979.
– Le cinéma porno était alors interdit. On avait donc des westerns, des thrillers,
puis on a connu un boom érotique. Avec la démocratie en Espagne ?
– Avant, on ne voyait que les chevilles. Le cinéma porno a commencé en 1985. Après tout,
c’est ce que font tous les couples. Beaucoup de gens viennent avec l’envie
de découvrir différentes positions. Certaines sont compliquées
et demandent beaucoup de souplesse. Bonsoir. Tout est calme. Le dimanche, on vend jusqu’à 250 tickets.
Pendant la semaine, 130 par soir. Environ 150 par jour.
– Ça fait quand même beaucoup. Et comment se passe votre vie, Rafael ? J’ai une vie normale, j’adore le cinéma. Et j’adore ma femme et ma fille. Approuvent-elles ceci ? Quand j’ai commencé,
il n’y avait pas de porno. Pour moi, tout est pareil, mais
avec un bel écran, un contexte, des gens. Cela ne vous gêne pas de parler
à des gens qui recherchent du sexe ? Non, chacun ses goûts. Il fait froid.
– Oui, il fait plutôt frisquet. Ils vous font des propositions ?
– Non. Enfin, parfois.
Ils sont très gentils avec moi, mais non. J’aime l’attention. Tout vous semble si normal.
– C’est normal. Voyez-vous un diable à cornes ici ? Ce sont des gens normaux qu’on voit
dans la rue. Ils sont comme vous et moi. Et qu’est-ce qui vous excite, Rafael ?
– J’ai beaucoup de fantasmes. Je n’ai pas besoin d’autre excitation. Un pâtissier mange-t-il toujours
ses propres gâteaux ? Un pâtissier finit
par détester ses propres gâteaux. Non pas que je déteste le sexe. C’est l’une des choses les plus amusantes
et les plus relaxantes qui soient. Vous avez donc atteint votre but ? Oui, l’histoire de ce cinéma
va de Casablanca à Emmanuelle. Aujourd’hui,
c’est Rocco Siffredi, Nacho Vidal… C’est un peu le parcours de ce cinéma. L’important,
c’est de projeter quelque chose. Que ce soit du porno ou pas, il s’agit
de projeter une image sur l’écran. Ça veut dire
que le cinéma est toujours vivant. Rafael vend 150 tickets par jour
dans ce vieux cinéma. Il a encore de nombreux films à projeter.

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